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Pouvait-il �chapper
aux influences d'un parcours aussi peu conformiste?
A contre-courant de l'art conceptuel, si message il y a, le sien se conclut
toujours par un rire. Ses
personnages sont n�s dans les poubelles. Objets jet�s,
d�chets de notre soci�t� de consommation, il en a fait un savant assemblage.
Car Gilles ne supporte pas le gaspillage. "J' aime redonner vie aux
objets disgraci�s. Ce qui me plait c'est d'imaginer leur vie au pr�alable.
Lorsqu'on regarde les yeux d'une personne �g�e, on voit ses peines, ses
joies, ses cicatrices, sa jeunesse, son v�cu... Ma passion pour
l'histoire - je me destinais � l'arch�ologie - explique
peut-�tre cel�", analyse t-il.
Une
oeuvre qui lui ressemble
Par amour de la mati�re, de l'objet qui cr�e une sensation mais aussi
parce qu'il est "allergique au pr�t-�-porter", Gilles a commenc�
par fabriquer tout ce dont il avait besoin pour meubler sa maison : un
canap�, une biblioth�que, une chaise haute pour son premier fils, une
lampe...
Encourag�, pouss�
par ses amis, il s'est enfin d�cid� � montrer ses r�alisations
� des professionnels en juin 1994, � Paris. Depuis, il fr�quente r�guli�rement
les d�pots de son fournisseur principal Emma�s, mais aussi les d�charges,
les trottoirs, "autant de mines d'or qui disparaissent petit � petit de
notre monde aseptis�, pour une plan�te propre mais qui risque d'�liminer
d�finitivement l'essentiel : la fantaisie bien s�r! " regrette-t-il.
Le th�me des animaux robots s'est impos� � lui. "Comme nous tous, je re�ois
des informations et donc je les interpr�te . Mais je ne d�termine pas
tout seul la physionomie de l'objet fini."
"Ce travail se
fait � deux, l'objet et moi. En revanche, ce qui est s�r, c'est que le
m�tal, et les instruments de travail que j'utilise, me permettent, si
on veut, un style un peu provocateur, incisif .
En ce qui me concerne j'ai choisi le c�t� humoristique. Ce qui compte,
� mes yeux c'est que mes oeuvres procurent, quelle que soit la fa�on dont
on les aborde, une �motion, un amusement".
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Les
�tranges et lunaires cr�atures de Monsieur Claude
Le plus souvent, les silhouettes d'acier sont celles de grands oiseaux,
de monstres inconnus, d'insectes extraordinaires. Des animaux d'un autre
monde, n�s de pi�ces r�form�es, de robots caducs, de mat�riaux d�crass�s,
de cadavres industriels, d'emballages anciens, de d�chets d�chus.
Mais apr�s l'incendie des villes, les m�dailles se cachent sous les cendres
et Gilles Claude y chasse les siennes : les disgraci�s du progr�s
m�tallique, les laiss�s pour compte de la m�canique. Il les ramasse, les
regarde. Puis il les accouple, les accore, les abouche. C'est un docteur
Moreau pacifique, un cr�ateur d'incongru qui joue avec les �l�ments, les
anime d'un sang et d'un sens : le plaisir.
Car c'est bien
pour nous donner du plaisir que ces objets vol�s aux t�n�bres ont �t�
cr��s. Au d�but, c'�tait plut�t l'aventure solitaire d'un grand sorcier
de la poubelle ; aujourd'hui, c'est tout un petit peuple de bidules qui
nous sourit, nous amuse, nous tire la langue, nous fait du genou, nous
intrigue
Utiles
ou futiles, les bestioles de Gilles Claude ont toutes des g�nes communs
autour desquels, profond�ment, elles s'articulent : leur �lan, leur
beaut� m�tisse, leur harmonie hybride.
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